La dépendance affective

 

La dépendance affective.

 

« Après tout ce que j’ai fait pour toi ! », phrase favorite des parents qui voient leurs enfants comme des bâtons de vieillesse, essayant de vous culpabiliser quand vous ne faites pas ce qu’ils veulent.

Phrase que vous entendrez à nouveau de la part d’un camarade de classe, puis d’un (faux)ami et plus tard d’un conjoint qui vous fait du chantage affectif.

Phrase que vous avez peut-être déjà prononcée ou que vous prononcerez. Parce que ce que vous avez fait pour les autres ou ce que les autres ont fait pour vous n’était pas de la simple générosité : c’était de la corruption !

 

La générosité, c’est donner sans rien attendre en retour. Alors que les autres vous ont donné ou vous leur avez donné, dans le but précis de recevoir.

C’est ainsi que les Desperados (celui qui donne vs celui qui prend – le Trou noir affectif) donnent TOUT pour obtenir un peu de reconnaissance et d’affection, qu’ils n’auront que peu ou pas.

Si l’amour est inconditionnel, ce qui signifie donner sans condition et non aimer n’importe qui, n’importe comment, la dépendance à ses conditions : si je suis généreux avec toi, c’est parce que j’attends quelque chose en retour.

Et là, leur colère grandit car les Desperados ne comprennent pas pourquoi, alors qu’ils sont aux petits soins, vous gâtent, vous entourent, anticipent vos désirs, vous font des cadeaux sans cesse, finalement vous achètent, vous les rejetez.

 

Alors que Jim n’était plus chez moi, je continuais néanmoins à lui donner de l’argent et dès qu’il avait un problème, je volais à son secours : généreuse ? Non ! Corruptrice !

Je voulais qu’en échange de tout ce que je faisais pour lui, il me dise que j’étais quelqu’un de bien. Dans mon cas, je ne courais ni après l’affection ou la protection mais bien après la reconnaissance : je voulais qu’il soit reconnaissant pour tout ce que je faisais pour lui.

De même que j’accueillais un couple dans ma maison, parce qu’ils m’avaient fait croire que leur maison avait brûlé : ils n’avaient pas de maison et ils étaient des escrocs notoires. Je les ai recueillis chez moi et le résultat fut qu’ils m’ont volé mon tracteur à gazon tout neuf, une tronçonneuse et les 5.000 $ que j’avais empruntés à la banque pour faire mes études en PNL (programmation neuro linguistique).

Sans compter la femme, dans le Vieux Port de Montréal, qui disait avoir perdu son travail et avoir des enfants à nourrir, l’homme d’affaire qui venait de se faire voler sa voiture et qui me demandait de l’argent dans la rue, que je retrouvais les deux l’été suivant « rackettant » de la même façon ! Mais si cela avait été vrai, si ça vous arrive à vous ou à moi ?

Bref, j’étais la naïve parfaite qu’on pouvait « arnaquer » tout à loisir, parce que je voulais qu’on me reconnaisse comme quelqu’un de généreux.

 

Un jour que je faisais remarquer à Jim, le deuxième conjoint que j’ai eu, qu’il ne me remerciait jamais, il me répondit simplement : « Je ne t’ai rien demandé ».

Cette vérité m’a giflée. Effectivement, il n’avait rien demandé d’autant que je ne lui en laissais pas le temps : je volais à son secours avant qu’il ne comprenne lui-même qu’il était dans les ennuis !

Puis j’ai cessé d’intervenir dans sa vie, car j’ai compris que plus je donnais, plus il se mettait dans des situations délicates pour m’obliger à le sauver, conservant ainsi un lien avec moi. Moi, qui ne voulais plus de lui dans ma vie, mais continuais à voler à son secours, afin qu’il me reconnaisse comme quelqu’un de généreux.

D'autres sont généreux pour avoir de l’affection, sachant qu’il n’y a pas d’affection sans reconnaissance : il faut que je te voie pour te donner de l’attention, que je reconnaissance que tu existes.

Donc ce n’est pas la générosité contre l’affection que vous échangez, mais bien la générosité contre l’attention et la reconnaissance.

 

Quand je vous dis que l’autre peut consciemment ou inconsciemment se mettre dans les ennuis afin d’aller chercher votre générosité (entendez « votre syndrome du sauveur » !), vous n’imaginez pas à quel point c’est vrai !

Je devais mettre Jim dehors, nous étions alors en France, et il avait largement dépassé les bornes : le jour de son départ, il fit une fièvre de cheval avec des aphtes dans la bouche, incapable de s’alimenter !

Je lui laissais, forcément, le temps de se remettre, le soignant néanmoins comme un enfant, puis décidais d’une autre date pour son départ : il eut un accident de moto ! La police m’appela en pleine nuit et au lieu de leur répondre que je ne le connaissais pas, j’ai enfilé ma tenue de Superwoman et j’ai foncé à l’hôpital.

Et alors que je devais partir seule, avec ma fille, au Québec, il me fit la plus belle déclaration d’amour que vous rêviez d’entendre : je l’ai cru ! Je l’ai emmené au Québec avec nous, en payant ses dettes (plus de 20 000 $), son émigration, son voyage et après 9 mois pendant lesquels il fut nourri, logé, blanchi alors qu’il ne faisait rien dans la maison, n’ayant aucun travail, je décidais de le mettre à la porte à nouveau, après un « j’ai tiré un trait sur nous, je ne t’aime plus ». DEHORS !

 

Quand je tentais de le mettre à la porte, il s’accrocha comme une bernique (coquillage très plat) sur un rocher breton, mais je réussis à le sortir de la maison. Il s’immergea dans une série d’ennuis : le matériel informatique que je lui avais prêté lui avait été, soi-disant, volé, trois fois arrêté par la police pour excès de vitesse entraînant un retrait de permis, accident de voiture avec perte totale, etc.

Jusqu’au jour où je décidais que c’était fini : il ne jouerait plus de la harpe sur mes cordes sensibles pour réveiller mon côté sauveur. Qu’il m’appelle de l’hôpital, de la prison ou de la morgue ( !), je ne répondrai plus !

C’est ce que je fis, malgré ses nombreux appels ou messages sur Internet, il n’y avait plus d’abonnée au numéro de Desperado qu’il appelait ! Même encore récemment, après un répit de quelques années, il a encore essayé mais c’est sur mon avocat qu’il est tombé.

 

Si vous vous reconnaissez dans mes mésaventures, si votre générosité vous sort par les trous de nez et que vous êtes frustré de ne rien obtenir en échange, sinon d’être manipulé par quelqu’un qui continue à tirer sur la ficelle pour obtenir tout ce que vous lui donnez : faites comme moi, mettez-vous aux Desperados absents !

Je sais pourquoi vous restez dans cette situation et que c’est plus fort que vous : vous êtes en dépendance et vous croyez que si vous donnez tout à quelqu’un il va vous aimer.  

L’amour ne s’achète pas : aimer, c’est donner ET recevoir.

C’est pareil en amitié et en affaires. Si vous attendez en retour, vous faites de la corruption de Trou noir affectif incorruptible, car il va vous demander de plus en plus, vous faisant croire que les enchères ne sont pas assez élevées pour qu’il vous mérite.

Il n’y aura pas d’échange, mais une relation unilatérale, dans laquelle vous perdez. Et le jour où vous réagissez, il va se faire passer pour une victime, se mettre dans les ennuis, vous culpabiliser pour vous obliger à donner à nouveau, et croyez-moi, il peut tomber très bas, pour vous forcer à venir l’y chercher.

 

Si vous donnez de l’argent à une personne qui quête dans la rue, pour qui, pourquoi le faites-vous ?

Quand j’entends quelqu’un dire « je ne lui ai pas donné d’argent parce qu’il va le boire, je lui ai donné un sandwich, mais il n’en a pas voulu, alors je ne lui ai rien donné de plus ».

Etes-vous fier de vous, lorsque vous agissez ou pensez ainsi ? Cela signifie que vous donnez pour le contrôler.

La générosité, c’est donner à cette personne sans vous demander ce qu’elle va en faire et si vous étiez dans la rue, avec pour tout bien le manteau que vous avez sur le dos, n’auriez-vous pas envie de boire ?

Alors de quoi vous mêlez-vous quand vous donnez ? En quoi c’est important pour vous ce qu’il va en faire ? Pourquoi vouloir le contrôler ?

Donnez pour donner et souvenez-vous que personne ne vous y oblige. Certaines de ces personnes sont vraiment coincées, d’autres ont fait ce choix de vie, mais vous ont-ils braqué, menacé, volé ?

Non, ils ont simplement tendu la main et soit vous y placez quelques pièces, soit vous passez votre chemin. Si je retombe sur une autre femme qui doit nourrir ses enfants ou un autre homme dont la voiture a été volée, je ne craindrais pas de me faire avoir : je donnerai parce qu’il se peut que ce soit vrai et je ne pénaliserai pas celui qui est coincé et dit la vérité parce que d’autres ont menti et m’ont manipulée : c’est un cas où, dans le doute, je ne m’abstiens pas parce que cette personne dans cette situation, ça pourrait être moi… ou vous ! Il faut devenir prudent, pas méfiant.

 

La générosité, lorsque vous attendez quelque chose en retour, est un moyen de corruption pour « acheter » l’autre.

Ca ne marche jamais, car vous vous exposez seulement à vous faire dépouiller, comme je me suis fait dépouiller.

Vous perdrez à chaque fois parce que l’autre vous voit arriver et sait sur quelques cordes sensibles il faut tirer. Il vous vendra de l’illusion et par dépendance vous courrez après : comme au poker, vous paierez pour voir ce que vous ne verrez jamais ou si peu. Encore une fois, aimer, c’est donner ET recevoir et si vous êtes généreux, restez-le.

Au lieu de faire payer les suivants de ce que les précédents vous auront fait. Ce n’est pas votre générosité qu’il faut changer, parce que c’est une belle qualité, c’est votre façon de choisir envers quelles personnes vous serez généreux.

Ne donnez pas dans le but de recevoir, donnez pour donner et si cela vous est rendu, c’est que vous êtes dans une belle relation.

C’est pareil en affaire, en amitié et en amour : Si vous donnez sans retour, la relation est déséquilibrée : un voyant lumineux rouge vient de s’allumer. Alors que si l’on vous rend la pareille, cela s’appelle un échange de bons procédés !

 

Si vous aidez quelqu’un, n’attendez pas qu’il vous remercie : s’il ne le fait pas, vous êtes frustré. Et s’il le fait, c’est qu’il est bien élevé et que ça a été un bel échange.

La générosité et une qualité et c’est comme un gros montant d’argent : si vous le donnez à un mauvais gestionnaire de portefeuilles, il s’enfuie avec. Si vous le confiez au bon gestionnaire de portefeuilles, il le fait fructifier.

 

Article publié par Pascale Piquet dans Amour, coeur et sentiment

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